rose-bonbon-logoAux Plaisirs de Déborah

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Extrait : « Chaque matin, à huit heures dix environ, lorsque Lydia passait devant la boutique Aux Plaisirs de Déborah, elle ne voyait que le rideau gris tagué d’affreux sexes en érection. Elle se demandait pourquoi les gérants de la boutique ne cherchaient pas à effacer ces sinistres graffitis. Elle eut la réponse quelques semaines plus tard : le rideau, entièrement repeint la veille, était à nouveau tagué. Ainsi, toute tentative de nettoyage était vouée à l’échec.

Ces incivilités la faisaient frémir d’indignation. La boutique permettait à la gent féminine d’acheter des accessoires pour pimenter sa sexualité. Les femmes qui y faisaient leurs emplettes devaient supporter la vue de ces odieuses choses dessinées en devanture, probablement par quelque mâle indigné qu’elles pussent s’offrir un plaisir auquel il n’avait pas accès ! Lydia songeait, malgré la vue de ces totems de peinture, qu’elle prendrait un jour son courage à deux mains et qu’elle entrerait, elle aussi, dans la boutique.

Lydia avait cinquante ans. Ses deux enfants poursuivaient leurs études à Paris, tandis qu’elle restait dans la petite ville de province où elle avait toujours vécu avec Claude, son mari. Depuis le départ des enfants, la vie lui semblait morne. Plus rien n’animait son cours. Claude ne faisait plus d’effort, il travaillait, dînait, regardait la télévision, allait se coucher. Combien de paroles échangeaient-ils le soir ? Le week-end, chacun était pris par des occupations qui l’isolaient de l’autre. Lydia s’occupait du linge, se rendait sur le marché, testait de nouvelles recettes… Claude, quant à lui… Lydia songea qu’elle ne savait pas exactement à quoi Claude occupait son temps. Elle l’entendait quand il tondait la pelouse ou donnait quelques coups de marteau. Mais lorsqu’il n’y avait aucun bruit, elle aurait été en peine de dire ce qu’il faisait. »